Le règlement du cécifoot interdit toute forme de vision sur le terrain, sauf à un poste précis : le gardien de but. Contrairement à leurs coéquipiers, ces joueurs peuvent être voyants ou malvoyants, mais leur accès au ballon se limite à une petite zone et à des consignes strictes. Cette particularité suscite souvent des incompréhensions, voire des débats au sein des instances sportives.
La Fédération Internationale impose des critères médicaux précis pour ce poste, afin de garantir l’équité du jeu et la sécurité des participants. L’interaction entre joueurs voyants et non-voyants redéfinit ainsi les codes du football adapté.
Le cécifoot, un sport unique au service de l’inclusion
Le cecifoot ne fait pas les choses à moitié : il s’est imposé comme la version la plus aboutie du football pour celles et ceux qui vivent avec un handicap visuel. C’est au Brésil que l’histoire commence, là où la passion du ballon rond rencontre l’ingéniosité. Dès les années 1980, des pionniers ont adapté les codes du jeu pour permettre à des joueurs non-voyants de ressentir toute l’intensité d’un match. Rapidement, l’Espagne s’empare du concept, puis la France lui emboîte le pas. Aujourd’hui, le cecifoot football s’inspire du futsal par la taille du terrain (40 x 20 mètres), mais il en bouleverse tous les repères.
Pour mieux saisir ce qui distingue le cécifoot, voici comment il s’organise :
- La catégorie B1 réunit uniquement des joueurs non-voyants, encadrés par un gardien de but voyant qui joue un rôle clé.
- En B2/B3, la porte s’ouvre aux joueurs malvoyants; le gardien est alors soit voyant, soit malvoyant.
La Fédération Française Handisport pilote la discipline, organise le championnat de France et accompagne l’équipe de France cecifoot, qui a brillé aux Jeux Paralympiques de Londres 2012 avec une médaille d’argent. Depuis 2004, grâce à l’IBSA, le cecifoot sport fait partie intégrante du programme paralympique, preuve de sa reconnaissance mondiale.
Pour résumer la structuration du cécifoot, voici les points-clés à retenir :
- Discipline paralympique depuis 2004
- Deux catégories : B1 (non-voyants), B2/B3 (malvoyants)
- Pratique conçue pour garantir la sécurité et l’inclusion de tous
Au fil des saisons, le cecifoot football s’est affirmé comme un terrain d’inclusion où chaque joueur, quelle que soit la nature de son handicap visuel, retrouve la magie du jeu collectif. La France, forte de son équipe performante, continue de défendre haut et fort les couleurs de ce sport sur la scène internationale.
Quelles sont les spécificités du poste de gardien de but au cécifoot ?
Tenir les cages en cécifoot, c’est tout sauf banal. Le gardien de but évolue dans un cadre strict, où la perception du jeu et la communication priment largement sur le simple réflexe. En B1, il est l’unique joueur à voir : il ne se contente pas d’arrêter des tirs, il guide, alerte, conseille, crie pour signaler un danger ou donner une consigne. Quand le jeu s’accélère, sa voix devient le fil d’Ariane des défenseurs autour de lui.
Sa zone d’action se limite à la surface de réparation. Pas question de s’aventurer ailleurs : il doit protéger le but, mais surtout être le relais d’information permanent pour ses coéquipiers non-voyants. Il décrit la position de la balle, repère les adversaires et anticipe les situations à risque. Ici, la lucidité et la capacité à se faire comprendre sont tout aussi déterminantes que la vista.
En B2/B3, le gardien peut être voyant ou malvoyant. Cela implique une adaptation constante : certains s’appuient sur une vision partielle, d’autres misent sur leur placement et leur expérience. L’entraîneur intervient aussi, tout comme un guide offensif pour les attaquants. Résultat : trois voix résonnent sur le terrain pour aider chaque joueur à situer le jeu, à l’oreille et à l’intuition, dans un environnement où chaque repère compte.
Entre perception et anticipation : comment les gardiens voient et vivent le jeu
Sur le terrain de cécifoot, le gardien doit rester en alerte constante. Le ballon, garni de clochettes, rythme chaque instant du match : il ne laisse aucune place à l’inattention. Le bruit du ballon, omniprésent, guide le regard et l’écoute du gardien, qui doit interpréter la trajectoire, l’intention, le moindre déplacement. Dans la surface de réparation, il orchestre la défense, toujours sur le qui-vive.
Pour lui, tout repose sur l’anticipation. Il adapte ses appuis, ajuste son placement en permanence, évalue les distances et les angles d’un coup d’œil. La moindre voix, le plus infime bruit sur la touche, chaque variation sonore devient un indice. Le fameux ballon sonore impose une écoute de tous les instants, une faculté à décoder la moindre accélération ou ralentissement du jeu.
Les autres joueurs, bandeau sur les yeux, avancent à l’instinct. Pour eux, le gardien incarne le repère visuel et auditif. Il oriente, rassure, structure le jeu défensif. Sa voix doit couvrir le tumulte du stade et porter jusque dans les moindres recoins de la zone. C’est là que réside la singularité du poste : cette tension permanente entre ce qu’il voit et ce que les autres perçoivent uniquement par l’ouïe et le ressenti.
La règle du “voy”, qui oblige chaque joueur à signaler sa présence en défense, façonne chaque séquence. Entre anticipation, gestion du stress et communication, le gardien de cécifoot navigue dans un univers où chaque détail sonore peut faire basculer une action. Rien n’est laissé au hasard, chaque seconde compte, chaque silence peut annoncer un tir surpuissant.
Événements majeurs et initiatives pour faire rayonner le cécifoot
Le cécifoot s’est taillé une place de choix à l’international. Depuis 2004, il figure au programme des Jeux Paralympiques. L’édition de Paris 2024 marquera un temps fort : le Champ-de-Mars Arena verra s’affronter les meilleures équipes mondiales de B1, sous le regard d’un public français qui découvre ou redécouvre cette discipline. Emmenée par des joueurs comme Hakim Arezki ou Gaël Rivière, la France nourrit de grandes ambitions, portée par le souvenir de l’argent décroché à Londres en 2012.
Sur le territoire français, le Championnat de France et la Coupe de France rythment la saison et attestent de l’énergie du mouvement. De Saint-Mandé à Toulouse en passant par Bondy, les clubs se multiplient, réunissant licenciés et bénévoles autour d’une même envie : faire du cécifoot une évidence sur chaque terrain.
Les avancées technologiques, elles aussi, participent à cette dynamique. Des outils comme l’OrCam MyEye, utilisés par certains internationaux, facilitent l’autonomie des joueurs au quotidien. Mais, sur le terrain, c’est la passion qui l’emporte. Les regards se tournent vers Paris 2024, mais l’essor du cécifoot s’écrit aussi dans les tournois scolaires, les journées d’initiation et les actions portées par des clubs comme l’Association Sportive Cécifoot Saint-Mandé. Là, l’esprit du football adapté s’enracine et se transmet, saison après saison.
Au bout du compte, le gardien de cécifoot incarne cette frontière mouvante entre deux mondes : témoin privilégié du jeu, il veille, anticipe et guide, toujours sur le fil entre le visible et l’invisible. Le coup de sifflet final ne marque jamais vraiment l’arrêt du jeu : il ouvre la voie à une nouvelle histoire, celle d’un sport qui ne cesse de réinventer le regard porté sur la différence.


