Comment mesurer l’efficacité d’un dispositif territorial dédié à l’inclusion sportive ? Les County Sports Partnerships (CSP), rebaptisés Active Partnerships au Royaume-Uni, constituent un modèle de coordination locale dont les mécanismes méritent d’être comparés aux dispositifs français récents comme l’Alliance pour l’inclusion par le sport.
Active Partnerships et Alliance française : deux modèles territoriaux comparés
| Critère | Active Partnerships (Royaume-Uni) | Alliance pour l’inclusion par le sport (France) |
|---|---|---|
| Année de repositionnement | Post-2021 (stratégie Uniting the Movement) | 2024 (lancement officiel le 8 avril) |
| Échelon d’action | County (comté), coordination locale directe | National, déclinaison via services de l’État et élus locaux |
| Financeur principal | Sport England | Ministère des Sports, cofinancement interministériel |
| Public prioritaire | Populations « least active » : handicap, précarité, minorités ethniques | Personnes en situation de vulnérabilité, insertion professionnelle |
| Indicateur de pilotage | Réduction mesurable des inégalités de participation | Objectif de multiplier par cinq les bénéficiaires |
| Mode de gouvernance | Partenariat local autonome (collectivités, clubs, écoles) | Alliance structurée : État, société civile, fédérations, entreprises |
Ce tableau met en lumière une divergence structurelle. Le modèle britannique repose sur une autonomie locale forte des Active Partnerships, chaque comté adaptant ses programmes aux réalités démographiques de son territoire. Le modèle français, lui, privilégie une impulsion nationale avec un cadre interministériel.
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Ciblage des publics « least active » : le virage stratégique des CSP
Depuis l’adoption de la stratégie Uniting the Movement par Sport England, les Active Partnerships ont opéré un recentrage. Les financements ne visent plus la hausse globale du nombre de pratiquants sportifs. Ils sont désormais fléchés vers les projets qui démontrent une réduction des inégalités de participation.
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Ce repositionnement cible les populations confrontées à des obstacles multiples : handicap, faibles revenus, appartenance à des minorités ethniques, isolement géographique. Les CSP agissent comme coordinateurs entre clubs locaux, écoles, collectivités et associations de quartier.
Trois leviers concrets d’intervention locale
- Cartographie des zones où la pratique sportive est la plus faible dans le comté, avec identification des freins spécifiques (transport, coût, accessibilité des installations)
- Mise en relation directe entre structures sportives et services sociaux locaux pour orienter les publics éloignés du sport vers des créneaux adaptés
- Formation des éducateurs sportifs aux enjeux d’accueil des personnes en situation de handicap ou de précarité, avec des protocoles d’inclusion intégrés aux séances
En France, l’Alliance pour l’inclusion par le sport a adopté une logique similaire de ciblage des publics vulnérables. La FFCO, par exemple, positionne le socio-sport comme un outil de développement de l’autonomie et de la résilience. En revanche, le maillage territorial reste plus centralisé qu’au Royaume-Uni, où chaque partnership dispose d’une latitude de décision sur l’allocation de ses ressources.
Équité d’accès au sport local : ce que les indicateurs britanniques révèlent
Le modèle CSP repose sur un principe de mesure. Sport England conditionne ses financements à la démonstration d’un impact concret sur l’équité d’accès. Les Active Partnerships doivent documenter les écarts de participation selon le genre, le handicap, les revenus et l’origine des pratiquants.
Cette exigence de preuve produit un effet de levier. Les clubs qui souhaitent bénéficier de financements via leur partnership local doivent adapter leur offre sportive aux publics sous-représentés. Un club de cricket dans un comté rural ne reçoit pas le même soutien qu’un programme multisport en zone urbaine défavorisée.
Comparaison avec l’approche française du pilotage par objectifs
L’Alliance française a fixé un objectif ambitieux : multiplier par cinq les bénéficiaires des actions d’insertion par le sport. Plus de cent acteurs ont signé un manifeste commun lors du lancement en avril 2024. La structure vise à fédérer services de l’État, élus, fédérations et société civile.
La différence tient au niveau de granularité. Les CSP mesurent les écarts à l’échelle du comté, quartier par quartier. Le dispositif français, plus récent, n’a pas encore publié de cadre d’évaluation territoriale aussi détaillé. La labellisation des structures et l’évaluation des actions figurent dans la feuille de route, mais leur déploiement opérationnel reste à documenter.

Sport pour tous et gouvernance locale : les limites des deux approches
Le modèle britannique n’est pas exempt de fragilités. Les Active Partnerships dépendent fortement du financement de Sport England, ce qui crée une vulnérabilité en cas de restriction budgétaire. Leur autonomie locale, si elle favorise l’adaptation aux réalités du terrain, peut aussi générer des disparités de qualité entre comtés.
Côté français, la gouvernance interministérielle (Travail, Sports, Citoyenneté) apporte une cohérence politique, mais le risque de fonctionnement en silo entre administrations a été pointé dans le rapport des ambassadeurs de l’Alliance publié en novembre 2024. Le rapport souligne la nécessité de mieux articuler secteur associatif, État, collectivités et entreprises.
- Au Royaume-Uni, le partenariat local est l’unité de base : les décisions de programmation sportive se prennent au niveau du comté
- En France, l’impulsion vient du niveau national avec une déclinaison locale qui passe par les services déconcentrés de l’État et les fédérations
- Les deux systèmes partagent un défi commun : prouver que l’investissement dans le sport inclusif produit des résultats mesurables sur l’insertion sociale et la réduction des inégalités
La trajectoire des County Sports Partnerships, désormais Active Partnerships, montre qu’un dispositif territorial gagne en efficacité quand il lie financement et preuve d’impact local. L’Alliance française, construite sur une ambition de massification, devra trouver son propre équilibre entre pilotage national et autonomie de terrain pour atteindre ses objectifs d’inclusion sportive.

