Au curling, la poignée de main avant le match n’est pas une formalité. Elle engage chaque joueur à respecter un code où l’honnêteté prime sur la victoire. Ce sport de glace, présent aux Jeux olympiques depuis 1998, repose sur un principe rare dans le monde sportif : les joueurs signalent eux-mêmes leurs propres fautes.
L’auto-arbitrage au curling : un règlement fondé sur la confiance
Dans la plupart des sports collectifs, un arbitre surveille chaque action. Au curling, le fonctionnement est différent. Les équipes sont responsables du respect des règles pendant la partie.
Prenons un exemple concret. Un joueur lance sa pierre et, en accompagnant son geste, effleure accidentellement une autre pierre déjà en jeu. On parle alors de « burned stone » (pierre brûlée). Personne ne siffle, aucune caméra ne tranche automatiquement. C’est au joueur fautif de signaler le contact.
Ce mécanisme d’auto-arbitrage est inscrit dans les règles officielles de World Curling. La version 2025 de ces règles (Rules of Curling 2025) maintient ce principe fondateur. Ignorer une infraction qu’on a commise va à l’encontre de l’esprit même du jeu.
En compétition internationale, des arbitres sont présents, mais leur rôle reste secondaire. Ils interviennent pour mesurer la position des pierres dans la maison ou trancher un désaccord entre équipes, pas pour traquer les fautes en temps réel.

Esprit du curling : ce que le texte officiel exige vraiment
Le règlement de la World Curling Federation (WCF) consacre un préambule entier à ce qu’on appelle le « Spirit of Curling ». Ce texte ne se contente pas de vagues recommandations. Il fixe des comportements précis.
- Ne jamais chercher à déstabiliser l’adversaire : pas de commentaires pendant le lancer, pas de gestes brusques dans le champ de vision du joueur qui s’apprête à lâcher sa pierre.
- Préférer perdre plutôt que gagner de manière déloyale. Le texte officiel emploie exactement cette formulation.
- Signaler spontanément toute infraction commise par inadvertance, même si personne d’autre ne l’a remarquée.
- Ne jamais enfreindre volontairement une règle ni une tradition du jeu.
Vous trouvez ce code strict ? Il reflète l’origine du curling, un sport né dans des communautés rurales écossaises où la parole donnée valait contrat. Cette culture persiste dans les clubs modernes, du Canada à la Suède.
Concéder un match de curling : un geste respecté, pas une défaite honteuse
Un comportement surprend souvent les spectateurs qui découvrent le curling : une équipe peut décider d’abandonner en plein match. Ce n’est ni un caprice ni un manque de combativité.
Quand l’écart de points devient trop large et que les manches restantes ne suffisent plus mathématiquement à revenir, la concession est considérée comme un geste honorable. L’équipe qui concède reconnaît la supériorité de l’adversaire et lui évite d’attendre inutilement la fin de la partie.
Dans la culture du curling, insister alors qu’on n’a plus aucune chance réaliste de l’emporter serait perçu comme un manque de respect envers le temps de l’autre équipe. Ce geste illustre un rapport à la compétition très éloigné du « ne jamais abandonner » qu’on entend dans d’autres disciplines.
Comment se passe la concession en pratique
Le skip (le capitaine de l’équipe) serre la main du skip adverse. La partie s’arrête là. Le score est enregistré tel quel. Aucune pénalité n’est appliquée.
Règles de jeu essentielles : pierres, manches et maison
Pour comprendre où le fair-play s’applique, il faut connaître le déroulement d’une partie. Deux équipes de quatre joueurs s’affrontent sur une piste de glace. À chaque extrémité se trouve une cible circulaire appelée la maison.
Une partie se joue en huit ou dix manches (ends). Pendant chaque manche, les deux équipes lancent au total seize pierres de granit, soit huit par équipe. Chaque joueur lance deux pierres en alternance avec un joueur de l’équipe adverse.
Le but est de placer ses pierres plus près du centre de la maison que celles de l’adversaire. Seule l’équipe la mieux placée marque des points à la fin d’une manche.
Le rôle du balayage et du marteau
Après le lancer, les coéquipiers peuvent balayer la glace devant la pierre. Ce balayage réchauffe légèrement la surface, ce qui modifie la trajectoire et la vitesse de la pierre. Balayer au bon moment est un geste technique qui demande coordination et communication.
L’équipe qui marque en dernier bénéficie du marteau à la manche suivante, c’est-à-dire le droit de lancer la dernière pierre. Cet avantage stratégique pousse parfois une équipe à marquer volontairement zéro point pour conserver le marteau à la manche suivante. Cette tactique, appelée « blanquer une manche », est parfaitement légale et fait partie du jeu.

Infractions courantes et sanctions prévues par le règlement
Le règlement de la WCF prévoit des situations précises où une infraction peut survenir pendant le jeu.
- La pierre brûlée (burned stone) : si un joueur ou son balai touche une pierre en mouvement, l’équipe adverse décide du sort de cette pierre (la retirer, la replacer ou la laisser).
- Le dépassement de la ligne de lancer (hog line) : le joueur doit relâcher la pierre avant qu’elle ne franchisse cette ligne. Un capteur électronique intégré à la poignée détecte les infractions dans les compétitions officielles.
- Le respect du temps de réflexion : chaque équipe dispose d’un temps limité par match pour discuter de sa stratégie. Dépasser ce temps peut entraîner la perte d’une pierre.
Ces sanctions restent modérées. Le règlement du curling mise davantage sur la responsabilité individuelle que sur la punition.
Le curling reste l’un des rares sports où le fair-play n’est pas un idéal affiché sur un mur de vestiaire mais une condition de jeu. Les règles de la WCF, mises à jour pour la saison 2025, rappellent que l’adresse technique ne vaut rien sans la loyauté qui l’accompagne. Chaque partie commence et se termine par une poignée de main, et ce geste résume mieux que n’importe quel article de règlement ce que le curling attend de ses joueurs.

